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Resmusica, FR"..recommended to all lovers of choral music".

Maciej Chiżyński, Resmusica, FR

MARTIN, MARTINŮ : PERLES DE LA MUSIQUE CHORALE DU XXE SIÈCLE Le 10 mai 2018 par Maciej Chiżyński À emporter, CD, Musique d'ensemble
OUR Recordings
The Secret Mass. Frank Martin (1890-1974) : Messe pour double chœur a cappella ; Cinq chants d’Ariel. Bohuslav Martinů (1890-1959) : Quatre chants sur la Vierge Marie ; La Romance des pissenlits. Lauritz Jakob Thomsen, baryton ; Hanna-Maria Strand, alto ; Klaudia Kidon, soprano ; Emil Lykke, ténor ; Daniel Åberg, tambour militaire. Ensemble vocal national du Danemark ; direction : Marcus Creed. 1 Hybrid SACD OUR Recordings. Enregistré au DR Studio 2 en septembre 2017 à Copenhague. Textes de présentation en anglais. Durée : 64:13


Après des productions consacrées à la musique chorale de Francis Poulenc et d’Olivier Messiaen, l’Ensemble vocal national du Danemark, sous la direction de Marcus Creed, se livre à l’exploration des œuvres de deux compositeurs nés en 1890, dont le nom pourrait prêter à une confusion pour les non-initiés : Martin et Martinů. L’album témoigne, autant par la diversité du répertoire que par le caractère des prestations, d’une richesse étonnante des partitions interprétées.

Le disque s’ouvre par la Messe pour double chœur a cappella de Frank Martin, composée entre 1922 et 1924 dans un style « archaïque moderne », complétée en 1926 par un Agnus Dei, et créée seulement une quarantaine d’années plus tard, en 1963, à Hambourg. Comme l’indique son titre, cette messe est écrite pour des cori spezzati, c’est-à-dire deux groupes de quatre voix, conformément à la technique de composition que Martin emprunta à la musique de la Renaissance, mais également à celle de Jean-Sébastien Bach dont il appréciait largement l’œuvre. Par sa structure, celle de l’ordinarium missae, cette page s’inscrit dans un legs grégorien, notamment par l’introduction de longs mélismes passant de chœur en chœur – très purs et lumineux dans cette interprétation –, renvoyant au plain-chant, de même que des tenues de notes rappelant le faux-bourdon médiéval. La riche polyphonie qui y est déployée, non sans références à l’héritage dudit Bach, est rendue avec simplicité et avec un naturel de phrasé, tout comme avec vigueur et passion dans les passages les plus dramatiques. Pour le Credo – où le chant n’est pas confié à un soliste, comme d’habitude pour ce type de compositions, mais soumis à l’exécution par tous les choristes – nous sommes impressionnés par la limpidité des tons et des nuances, le charme des voix homogènes, ainsi que par leur diction, irréprochable pour toutes les œuvres proposées sur ce disque (même pour le tchèque !). Pour le Sanctus – débutant par un simple ostinato de voix masculines auxquelles ne tardent pas à se joindre les sopranos, éblouissantes, des deux chœurs –, on est frappé par la manière dont ceux-ci dialoguent, avec une sensibilité musicale élevée et beaucoup d’énergie, de sorte que la tension n’arrête pas de s’accroître tout au long du mouvement, se clôturant sur une sonorité si forte et dense que la prise de son est marquée par des légers craquements. Par effet de contraste, l’Agnus Dei, pour lequel le chœur II paraît limité à un simple appui harmonique du chœur I, commence dans une atmosphère rassurante, soulignée par un legato de belle facture et d’une élégance, suavité et pureté rares. Là où l’intensité parvient à son plus haut degré, cette ambiance se dégrade lors d’une émission forte de quelques accords dissonants, néanmoins un diminuendo, accompagné d’un délicat ralentissement du tempo, signale une remise en état initial rapide, se maintenant jusqu’à la fin de l’exécution.

Les Quatre chants sur la Vierge Marie de Bohuslav Martinů – achevés en 1934, inspirés par des mélodies et textes folkloriques tchèques – nous emmènent dans un monde complètement différent de celui de la messe latine. Composés à quatre parties, et de taille assez modeste, ces miniatures vocales sont d’une beauté touchante, tout comme d’une grande intimité, voire d’une austérité contemplative. Dans le premier morceau, intitulé L’Annonciation, on est mis face à la scène de la proclamation de la maternité divine faite à la Vierge Marie par l’archange Gabriel, qui – au niveau des harmonies et de l’expression – nous fait ressentir l’anxiété qu’éprouve la jeune femme. Les choristes illustrent cette angoisse par des modulations du tempo et d’intensité, offertes sous forme de séquence de crescendos et d’accélérandos, après lesquels la déclamation du texte revient à son état d’origine (Marie accepte la volonté de Dieu). Le chant suivant, Un rêve, nous apporte une vision onirique d’un repos de la Vierge au paradis, renvoyant par les multiples couleurs dont s’imprègnent les voix des interprètes, données en demi-teintes, à des fresques et vitraux aussi lumineux qu’éloquents d’une vieille église villageoise. La troisième pièce du cycle, Petit déjeuner de la Vierge Marie – dont les paroles purement conceptuelles n’ont rien à voir avec les dogmes de la foi catholique –, nous fait réaliser à quel point cette musique, mise en évidence par une exécution pleine de tendresse et de poésie, est enracinée dans la culture slave, dont les élans populaires se voient traduits ici en psalmodie classique. Le dernier chant, L’Image de la Vierge Marie, magnifie l’icône de la Madone Noire de Częstochowa, ville polonaise, tout en racontant l’histoire de l’élaboration de cette peinture (dont l’origine reste pour d’aucuns une énigme à ce jour, la tradition l’attribue à Luc l’évangéliste), ainsi qu’en expliquant l’origine des deux rayures dues à des coups de sabre, visibles sur la joue gauche de la Vierge. La lecture proposée par la formation danoise met en valeur la clarté des polyphonies et l’expressivité un brin exempte toutefois, bien que coulant du cœur, du dramatisme caché sous les paroles du récit. L’équilibre est ainsi trouvé entre l’objectivisme (qu’on comprend parfois comme une distance émotionnelle) et l’exagération susceptible de prêter à l’hystérie ou au ridicule.

Hormis la Messe pour double chœur, Frank Martin écrivit encore, en 1950, une œuvre a cappella : Cinq chants d’Ariel, composés à un nombre de parties variable, dont la quantité va jusqu’à seize, de même que constitués de passages pour une voix seule, baryton et alto, qui n’interviennent cependant qu’exceptionnellement. Pour les animer, Martin se sert de techniques de chant variées, en attachant la plus grande importance à la signification du texte en vue d’établir un fil conducteur entre les paroles et la musique. D’une virtuosité sensible mais pas démonstrative, ses miniatures impressionnent autant par la multitude de teintes que par la complexité de textures et d’harmonies, rendues par la phalange danoise avec une certaine sobriété expressive inhérente à leur caractère introverti et intimiste. Créés en 1953, les Cinq chants d’Ariel sont élaborés à des textes anglais de La Tempête de William Shakespeare, confiés par celui-ci à Ariel, l’un des personnages les plus curieux et, à la fois, les plus emblématiques de l’ouvrage : un esprit. Cette pièce de théâtre a dû inspirer profondément l’artiste suisse qui, en outre, façonna sur sa base, entre 1952 et 1954, un opéra Der Sturm, dont l’ouverture et le point final de l’épilogue, pour n’en citer que deux exemples, reprennent le matériel thématique du second des Chants d’Ariel, dénommé Full fathom five. Nous sommes enchantés par la richesse imaginative que le compositeur y déploie, et la façon dont il crée l’image des profondeurs mystérieuses de l’océan, en introduisant un ostinato renvoyant à une sonnerie de l’horloge – le chœur déclame avec grâce des « Ding dong, bell » répétitifs, agrémentés de rythmes inquiétants, habilement tissés dans la subtile enveloppe harmonique de l’œuvre –, ayant ici pour but d’illustrer les coraux et les perles gisant au fond du bassin en tant que restes transformés d’un être humain noyé. Parmi les solistes, on saluera particulièrement Hanna-Maria Strand dont l’alto profond, onctueux et suggestif nous donne le frisson dans le morceau You are three men of sin, où Ariel qu’elle incarne, jette un sort sur trois des ennemis de Prospero.

L’album se clôt par une cantate de chambre pour chœur mixte et soprano, La Romance des pissenlits, composée par Martinů aux alentours de 1957, sur des vers tchèques du poète Miloslav Bureš. La partition trouve en cette exécution un enrichissement de texture musicale par une « intervention » d’un vrai tambour militaire – symbolisant l’apparition d’un soldat – par l’intermédiaire de laquelle Marcus Creed s’efforce de rendre le propos du texte chanté plus éloquent. Nous sommes témoins d’une tragédie amoureuse : une jeune femme, dont les déclarations sont commentées et complétées par celles du chœur, attend depuis sept ans que son bien-aimé, ledit militaire, revienne de la guerre. Son chagrin et sa langueur sont ici évoqués par Klaudia Kidon, dotée d’un soprano simple, non-tubé et cristallin, mais un peu inexpressif. Par ailleurs, cette « fadeur » d’expression (surtout un manque de ferveur) caractérise également la prestation donnée par les choristes, dont la déclamation ne semble pas rendre justice, par moments, aux émotions dont cette page est emplie.

Avec l’effectif de vingt-quatre chanteurs (six sopranos, six altos, six ténors et six barytons), l’Ensemble vocal national du Danemark sous la direction attentive et équilibrée de Marcus Creed rend hommage et reste fidèle aux plus grandes traditions musicales du pays scandinave. La présence dans le livret d’une traduction bilingue anglais-tchèque des textes chantés rend l’écoute du disque plus agréable et plus enrichissante. À recommander à tous les amateurs de musique chorale.
http://www.resmusica.com/2018/05/10/martin-martinu-perles-de-la-musique-chorale-du-xxe-siecle/


Google Translation:
After productions dedicated to the choral music of Francis Poulenc and Olivier Messiaen, the Danish National Vocal Ensemble, under the direction of Marcus Creed, explores the works of two composers born in 1890, whose name could lead to confusion for the uninitiated: Martin and Martinů. The album testifies, as much by the diversity of the repertoire as by the character of the performances, of an astonishing richness of the interpreted partitions.
The disc opens with Frank Martin's double a choir a cappella, composed between 1922 and 1924 in an "archaic modern" style, completed in 1926 by an Agnus Dei, and created only forty years later, in 1963, in Hamburg. As its title indicates, this mass is written for cori spezzati, that is to say, two groups of four voices, according to the technique of composition that Martin borrowed from Renaissance music, but also from that of Johann Sebastian Bach, whose work he greatly appreciated. By its structure, that of the ordinarium missae, this page is part of a Gregorian legacy, including the introduction of long melismas from chorus to chorus - very pure and bright in this interpretation - referring to the plainchant, as well as note-keeping reminiscent of the medieval drone. The rich polyphony which is unfolded there, not without references to the inheritance of this Bach, is rendered with simplicity and with a natural of phrasing, just as with vigor and passion in the most dramatic For the Creed - where the singing is not entrusted to a soloist, as usual for this type of compositions, but subject to performance by all the singers - we are impressed by the clarity of the tones and nuances, the charm homogeneous voices, as well as by their diction, irreproachable for all the works proposed on this record (even for the Czech!). For the Sanctus - beginning with a simple ostinato of masculine voices that soon join the sopranos, dazzling, of the two choirs - one is struck by the way in which these dialogues, with a high musical sensibility and a lot of energy, so that the tension does not stop increasing throughout the movement, ending on a sound so strong and dense that the sound is marked by light cracks. By contrast, the Agnus Dei, for which the choir II seems limited to a simple harmonic support of the choir I, begins in a reassuring atmosphere, underlined by a legato of beautiful workmanship and elegance, suavity and purity rare. Where the intensity reaches its highest degree, this atmosphere is degraded during a strong emission of some dissonant chords, nevertheless a diminuendo, accompanied by a delicate slowdown of the tempo, indicates a fast initial restoration, is now until the end of the execution.

The four songs about the Virgin Mary by Bohuslav Martinů - completed in 1934, inspired by Czech melodies and folkloric texts - take us into a world completely different from that of the Latin Mass. Composed in four parts, and of rather modest size, these vocal miniatures are of a touching beauty, as well as of a great intimacy, even of a contemplative austerity. In the first piece, entitled The Annunciation, we are confronted with the scene of the proclamation of the divine maternity made to the Virgin Mary by the archangel Gabriel, who - at the level of harmonies and expression - makes us feel the anxiety that the young woman feels. The singers illustrate this anguish by modulations of tempo and intensity, offered as a sequence of crescendos and accelerandos, after which the declamation of the text returns to its original state (Mary accepts the will of God). The following song, A Dream, brings us a dreamlike vision of a rest of the Virgin in paradise, returning by the multiple colors of which the voices of the interpreters, given in halftone, are impregnated with frescoes and stained glass windows as bright as eloquent of an old village church. The third piece of the cycle, Breakfast of the Virgin Mary - whose purely conceptual words have nothing to do with the dogmas of the Catholic faith - makes us realize how much this music, highlighted by a full execution of tenderness and poetry, is rooted in Slav culture, whose popular impulses are translated here into classical psalmody. The last song, The Image of the Virgin Mary, magnifies the icon of the Black Madonna of Częstochowa, Polish city, while telling the story of the development of this painting (the origin of which remains for some a enigma to this day, tradition attributes it to Luke the Evangelist), as well as by explaining the origin of the two scratches due to saber strikes, visible on the left cheek of the Virgin. The reading proposed by the Danish band emphasizes the clarity of the polyphonies and the expressiveness a bit exempt, though flowing from the heart, of the dramatism hidden under the words of the story. The balance is thus found between objectivism (which is sometimes understood as an emotional distance) and exaggeration.

Except for the Mass for double choir, Frank Martin wrote again in 1950, a work a cappella: Five songs of Ariel, composed with a variable number of parts, the quantity goes up to sixteen, as well as made up of passages for a single voice, baritone and alto, which only intervene exceptionally. To animate them, Martin uses a variety of singing techniques, attaching the utmost importance to the meaning of the text in order to establish a common thread between words and music. With a delicate but not demonstrative virtuosity, his miniatures impress as much by the multitude of colors as by the complexity of textures and harmonies, rendered by the Danish phalanx with a certain expressive sobriety inherent to their introverted and intimate character. Created in 1953, Ariel's Five Songs are written in English texts by William Shakespeare's The Tempest, entrusted by him to Ariel, one of the most curious characters and, at the same time, the most emblematic of the work: a spirit. This play had to deeply inspire the Swiss artist who, moreover, fashioned on its base, between 1952 and 1954, an opera Der Sturm, whose opening and the end point of the epilogue, to quote that two examples, take up the thematic material of the second of the Songs of Ariel, called Full fathom five. We are delighted by the imaginative richness that the composer displays, and the way he creates the image of the mysterious depths of the ocean, by introducing an ostinato to a bell of the clock - the chorus gracefully declaims " Ding dong, bell repetitive, embellished with disturbing rhythms, skilfully woven into the subtle harmonic envelope of the work - here to illustrate the corals and pearls lying at the bottom of the basin as the remains of a transformed to be drowned human. Amongst the soloists, Hanna-Maria Strand is especially saluted, whose deep, unctuous and suggestive viola gives us the thrill of the song You are three men of sin, where Ariel, which she embodies, casts a spell on three of Prospero's enemies.
The album ends by a cantata of house for mixed choir and soprano, The Romance of dandelions, composed by Martinå around 1957, on to the Czech Republic of the poet Miloslav Bureš. The partition located in this execution an enrichment of musical texture by an "intervention" of a true military drum - symbolizing the appearance of a soldier - through which Marcus Creed is striving to make the connection of the text sung more eloquent. We are witnesses to a tragedy of love: a young woman, whose statements are commented and supplemented by those of the choir, waits in the seven years since his beloved, the said military, returns from the war. His grief and a languor are here mentioned by Angessa Klaudia Kidon, endowed with a soprano simple, non-tubé and crystalline, but a little inexpressive. In addition, this "fadeur" of expression (especially a lack of fervour) also characterized the delivery given by the choir members, including the declamation does not seem to render justice, at times, to the emotions which this page is filled.
With the workforce of the twenty-four singers (six sopranos, six violas, six tenors and six baritones), the entire national voice of Denmark under the careful direction and balanced Marcus Creed pays tribute and remains faithful to the largest musical traditions of the Scandinavian countries. The presence in the operator of a translation bilingual English-Czech of texts sung makes listening of the disk more pleasant and more rewarding. To recommended to all lovers of choral music.

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